homme sur un rocher
Au masculin,  Témoignages

Impossible à l’homme…

…mais si facile à Dieu ou

De demain à aujourd’hui

 

Pendant mes premières années, j’ai souffert de me sentir un peu seul dans ma famille.

Dernier de 4 enfants, 10 ans après mon frère et 15 ans après ma sœur aînée, j’ai passé bien du temps seul et inoccupé. Si bien que la possibilité de commencer à jouer du saxophone dans la fanfare apparut comme une lumière dans une vie bien grise.

Après quelques mois de formation, j’ai participé à mon premier festival à Sion le deuxième dimanche du mois de mai 1970. L’accueil, dès 7 h. 30 du matin, se faisait au meilleur vin blanc de la région. Comme il n’y avait rien d’autre à boire, j’ai bu, après un coup d’œil indifférent de mon père. Je n’avais pas 14 ans. Ce fut le premier verre de quelques milliers.

 

J’ai connu trois périodes avec l’alcool :

La première période d’alcool a consisté pour moi en une récompense : comité de fanfare bien déroulé, organisation de festival, de loto, de bal bien mises sur pied, camp de musique préparé dans tous les détails.

La deuxième période a consisté dans la récompense avant le travail. « J’ai encore rien fait mais je vais me surpasser tout à l’heure. » Bien entendu, la récompense d’après le travail n’est pas supprimée.

S’intercale durant un moment d’accalmie, ma rencontre avec ma future épouse, Fatima, le 12 janvier 1978. Un magnifique tango qui nous a unis pour la vie et une personne extraordinaire avec un amour et un soutien indéfectible. Un magnifique cadeau du Seigneur.

La troisième période a supprimé la récompense pour ne conserver que l’obligation de boire. Un besoin irrépressible de boire me pousse à creuser mon imagination : Bouteilles cachées dans la bibliothèque communale que j’ai créée dans mon village. Disputes inventées avec mon épouse  afin d’avoir une excuse pour sortir. Fréquentation de gens aimant l’alcool. Occasions saisies à chaque fin de journée de boire quelques bières, avant de rentrer toujours plus tard à la maison. Invitations à manger à des gens que je n’aime pas mais qui me permettront de boire sans que mon épouse ne dise rien.

Je ne vous parle pas des 2 voitures que j’ai complètement démolies, de la prison avec sursis, ni de mes nombreuses amendes et retraits de permis.

Avec des hauts et des bas mais plutôt avec une courbe ascendante, j’ai bu tant que j’ai pu : à la fin de ma consommation, j’en étais à peu près à 20 bières par jour.

Certes, j’ai réalisé que j’allais nulle part. J’ai même, dans un instant d’humour alcoolique, constaté que j’avais terminé mon évolution : je n’étais plus qu’un tuyau. On verse en haut et on vide dans le prochain bistrot, puis on recommence.

Je voulais donc m’en sortir mais comment ? mais quand ? Pas aujourd’hui, car je suis encore ivre. Je dois boire 2 ou 3 bières pour me sentir mieux. DEMAIN PEUT ÊTRE.

Mon travail d’enseignant se passe de plus en plus laborieusement et je profite de toutes mes récrés pour filer à la bibliothèque toute proche afin d’engloutir 2 ou 3 bières.

En plus, je m’enfonce avec plusieurs activités qui m’encombrent l’esprit : enseignant à plein temps, bibliothécaire, paysan dans le temps libre qui reste et chef local de protection civile, bien sûr, toujours organisateur de bals, lotos, camps de musique, et autres festivals pour la fanfare.

Ça va mal. Je vis dans une confusion complète. Mon épouse ne me reconnaît plus et je vois très peu mes enfants. Mes comptes sont tous dans le rouge. Je tourne en rond dans une spirale infernale qui m’entraîne vers un je ne sais quoi  qui me fait peur mais que je ne sais pas comment éviter.

Bien sûr, je crois en Dieu. J’ai toujours cru en Dieu mais, dans mon esprit organisé, je pense que Dieu viendra vers moi après qu’il ait libéré tous les autres, les cas normaux. Moi, je suis un trop gros chantier. Je passerai plus tard dans les mains divines, en tout cas c’est comme ça que je pense.

Si bien que la solution ne peut venir que de moi, qui ne l’ai pas. Donc, un samedi de fin avril 1995, j’en ai assez, je lâche tout. Je quitte ma famille, mon domicile, mon travail et je pars avec une vieille veste de pêche par le train jusqu’à Lausanne. Le lendemain, je reprends le train pour Genève et je me mets à boire la journée faite. Je vais mourir en buvant. Ce  n’est ni mon espoir, ni ma décision mais c’est la seule ânerie que je sais faire. C’est en même temps la reconnaissance de mon impuissance. J’ai lâché prise. Seul Dieu pourra faire quelque chose.

Comme j’utilise ma carte bancaire, la police n’a pas eu trop de peine à me retrouver. Donc, 3 jours plus tard, mon épouse, ma sœur et mon beau-frère viennent me récupérer dans une cellule du poste de police, tout miteux, honteux et confus, mais ne pouvant pas promettre qu’on ne l’y reprendrait plus.

Suit un séjour à l’hôpital, une rencontre avec une thérapeute de la ligue valaisanne contre les toxicomanies, une deuxième rencontre essentielle dans ma vie, avec Nicole Porte *. Puis des essais répétés, suivis d’échecs répétés, de ne plus boire. Des visites aux alcooliques anonymes avec consommation avant ou après la rencontre. Imaginez : on me demandait d’arrêter 15 jours quand 15 secondes étaient trop longues. Donc toujours l’échec précédait l’essai.

A force d’échouer, j’ai entrevu sur la rive la Villa Flora à Sierre. Comme rien ne fonctionnait, il ne me restait plus que ça.

En passant les portes de la Villa Flora, j’ai vu le ciel s’éclaircir devant moi. Les brumes qui noyaient mon regard se sont envolées. C’était le 18 juillet 1995. Je n’ai plus jamais bu depuis ce jour-là.

Comme a prêché, Gilles, mon pasteur : « Fais le premier pas, le Seigneur fera les autres avec toi. »

Bien sûr, mon séjour n’a pas été de tout repos. C’est normal. J’ai eu des moments de souffrance et de doute, c’est normal. J’étais un peu comme un bébé qui apprend à marcher. Mais je n’ai pas rechuté. J’ai eu une tentation assez forte à Martigny une fois et ce qui m’a sauvé, c’est la petite médaille en fer blanc des alcooliques anonymes : juste pour aujourd’hui. AUJOURD’HUI, JE NE BOIS PAS. Pour le reste, je verrai demain. D’où mon sous-titre : de demain à aujourd’hui.

Suite à cette sobriété si soudaine, et en même temps si solide,  j’ai cherché Dieu, la troisième rencontre essentielle dans ma vie car cette absence de consommation ne pouvait absolument pas venir de moi seul. Un ami alcoolique m’a parlé de l’église apostolique évangélique de Sierre et c’est là que j’ai amené toute ma famille. Nous avons été surpris par le bruit des chaises en plastique, les gens qui étaient debout, assis, qui disaient des prières non récitées ou qui parlaient dans de drôles de langues.

J’ai tout de même compris que je n’allais pas avoir de multiples chances et je suis retourné à Sierre dimanche après dimanche. Un jour, une dame de l’église m’a dit : « Tu sais, Bernard, Dieu t’aime. ». Ça a été une révélation extraordinaire dans ma vie. J’ai acheté des cd de louange que je chantais à l’aller-retour Riddes-Sierre. Je me suis procuré une Bible que je me suis mis à lire de plus en plus régulièrement.

 

dandelion livre

(Bizarrement, avant ma conversion, j’ai été plusieurs fois en contact avec une Bible (hôtel, armée). Mais mes lectures ne me servaient de rien et je trouvais ce livre vraiment incompréhensible. Quelle absurdité pour un bibliothécaire.)

Après ma conversion, ma Bible est devenue une source inépuisable de lumière, de paix, de joie et d’ouverture.

Les restaurations et les progrès ont suivi divinement ; dans le désordre : je découvre que j’aime les fleurs, j’assume mes obligations, financières aussi, je rembourse mes dettes d’alcool (10 ans), je retrouve des liens forts d’amour avec mon épouse et mes enfants, on me confie à nouveau des responsabilités. Je suis ému aux larmes devant un bébé. Je retrouve la joie de vivre.

 

 

Et j’en arrive maintenant à vous énoncer mon but : vous témoigner que vous ne pourrez jamais être séparés de l’amour de Dieu, que vos difficultés ne sont rien pour Lui, qu’il désire vous délivrer et répandre sur vous ses grâces, même et surtout si vous vous en sentez indigne. L’amour du Seigneur est inconditionnel et il ne dépend pas de vos résultats.

« Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en haut, ni ceux d’en bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur. » Romains 8,38-39

Je prie pour vous, pour que vous puissiez vous ouvrir à Dieu qui désire entrer dans vos vies, vous laisser délivrer de ce qui vous enchaîne, vous donner confiance pour vous libérer de vos soucis.

« Regardez les oiseaux du ciel : Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? » Matthieu 6, 26

J’aimerais terminer avec deux points :

  1. J’avais l’habitude d’avouer mon alcoolisme aux gens. Un ami français m’a un jour éclairé : « Bernard, quand Dieu libère, Dieu libère complètement. Tu n’es plus un alcoolique. Tu es un homme libre. » Merci Seigneur !

        « Ma main est-elle donc trop courte pour libérer ? N’ai-je pas assez de forces pour délivrer ? » Esaïe 50, 2

  1. Peut-être vais-je vous surprendre, mais je remercie le Seigneur d’avoir traversé cette épreuve de l’alcoolisme. Sans celle-ci, je ne serai jamais descendu aussi bas, mais je ne serai pas  non plus remonté aussi haut.

Certes, je vis des épreuves : familiales, physiques et professionnelles, mais croyez-moi : j’ai traversé des épreuves sans le Seigneur et maintenant je traverse des épreuves avec le Seigneur. Je préfère nettement vivre ces souffrances dans la paix que le Seigneur donne.

 

Quelques conseils aux proches d’alcooliques ou de dépendants

  • n’exercez sur lui ou elle aucun chantage : Si tu n’arrêtes pas, je te quitte ou je cesse tout contact avec toi.  Le fait de le quitter l’enfoncera encore plus dans la dépendance.
  • soyez patient et priez pour lui ou elle. Le Seigneur connaît sa situation.
  • ayez confiance au Seigneur. Il répondra dans son temps à Lui.
  • aimez-le. Il est pris dans un problème qui le dépasse. Il n’est pas vicieux ou mauvais. La dépendance est une maladie qui touche 10% de la population.
  • entourez-le et encouragez-le dans sa sobriété. Dites-lui que c’est tout à fait possible.

Je vous laisse avec ces beaux versets du psaume 1 :

« Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs, et qui ne s’assied pas sur le banc des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel, et qui médite sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un cours d’eau, qui donne son fruit en son temps, et dont le feuillage ne se flétrit pas : tout ce qu’il fait réussit. » Psaume 1, 1-3

*Nom fictif

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