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Régine
Il y a des jours de vrai bonheur. Des jours qui, pour quelques heures, deviennent « le plus beau jour de ma vie ». C’est quand j’ai une tête de balai et que j’ai rendez-vous chez le coiffeur.
Eh bien justement, c’était il y a deux jours.
Elle, c’est Régine. Nos rendez-vous se chevauchaient et elle a débarqué au même endroit, accompagnée par son amie, Janine. Son grand âge ne lui permet plus de se déplacer seule.
Régine, si tu l’as rencontrée une fois… tu ne peux pas l’oublier.
C’est un personnage. Une femme au franc parler, directe, sans chichis. Quand elle est là, elle remplit tout l’espace. D’ailleurs, la première chose qu’elle a faite en arrivant, a été de venir vers moi, de me regarder droit dans les yeux et me demander si on se connaissait.
Mais bien sûr, Régine !
Lors de mon dernier passage chez le maître du cheveu, nous nous étions déjà croisées et déjà, j’avais profité de son accent chantant et de son parler direct. Ce qu’elle dit, elle le pense. Donc, si elle te dit que la coupe te va bien, c’est que vraiment, elle te va bien. Si elle ne te va pas… je ne sais pas comment elle va te le dire. En l’occurrence, la mienne m’allait bien. Ouf !
Mais ce jour-là, Régine est plutôt silencieuse. Elle est pleine de bobos et elle traîne une fatigue qui la pousse à dormir souvent. Ça ne lui ressemble pas qu’elle nous dit et du coup, son moral s’effrite un peu… et ça se sent. Elle essaie de nous prouver que malgré ça, sa vie va bien, qu’elle est bien entourée, mais le ton de sa voix nous dit le contraire. Et puis, je la sens moins loquace que lors de notre précédente rencontre.
Quant à Janine, installée dans le canapé d’attente, elle semble distante, se contentant de répondre par de brèves syllabes sur un ton plutôt sec.
Alors que ma coupe de cheveux prend vie, je me souviens de ma prière du matin : « Seigneur pour qui vais-je prier aujourd’hui ? ».
Mais à part Régine, je ne vois pas qui pouvait être candidate à la prière dans le salon lilliputien !
Régine et son fort caractère ! Régine à qui il faut parler fort parce qu’elle n’a pas mis ses appareils auditifs !!!
Oh là la ! J’ai su de suite que j’avais pas envie ! Et même si l’envie me revenait, il fallait que je fasse abstraction de la discrétion.
Je dois t’avouer que j’ai dû prier pour les avoir, l’envie et le courage.
Et puis, avant que j’aie fini d’y réfléchir, voilà qu’elle a changé de place pour s’installer au bac de lavage. Ça me compliquait encore le truc parce qu’il fallait que moi je me déplace vers elle avant que ses cheveux dégoulinent, et que je lui parle fort dans les oreilles.
Eh bien, mon S.O.S a dû marcher parce que j’ai trouvé sans effort le courage de le faire et lui demander haut et fort si elle était d’accord que je prie pour elle.
Figure-toi que je l’ai vue s’éjecter de son bac de lavage et me dire encore plus haut et plus fort : « OH OUI !!! »
Je pense que ça a été la prière la plus courte que j’aie jamais faite. Juste le temps de dire « Seigneur, bénis Régine…» qu’elle a pris le relais pour me dire qu’elle priait tous les soirs pour les siens et d’autres choses. Elle m’a expliqué où elle habitait et qu’il fallait que je passe la voir. C’était un flot de paroles dont je ne me souviens plus de tout. Mais la vie semblait être revenue, on avait retrouvé Régine.
Il n’y a pas que chez elle que la vie est revenue. Tout d’un coup, l’ambiance avait changé dans la pièce. Même Janine s’est animée. Un doux sourire habillait maintenant son visage et elle s’est mise à parler pour m’expliquer avec plein de détails où, elle aussi habitait.
Quant au coiffeur… il en est resté scotché les mains en l’air et si je ne lui avais dit au revoir, je pense qu’il serait toujours là, comme foudroyé sur place.
Tu vois, la prière c’est parfois pas plus compliqué que ça.

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Boxeur de rues … suite
Je l’ai revu !!!
Qui ? Mais, lui, le Boxeur de rues bien sûr !!!
J’avais rendez-vous au même endroit, même cabinet de physiothérapie (kiné pour les Françaises) que la première fois où je l’ai rencontré. Cela faisait bien une année que je n’y étais retournée. Et il a fallu que ce soit justement ce jour-là.
J’aurais pu le rater, ne pas le reconnaître. C’est un je-ne-sais-quoi qui m’a interpellée.
Je venais de poser ma veste sur le porte-manteaux prévu à cet effet, lorsque, dans mon dos, quelqu’un est sorti d’une des salles de traitement. Je peux l’entendre parler mais ne le vois pas encore. Et soudain, je n’ai pas de doute, je sais que c’est lui !
Je m’avance : « Vincent ? »
Il me regarde d’un air étonné, bouche ouverte, yeux grands ouverts : « On se connaît ? »
« J’avais prié pour vous la dernière fois qu’on s’est vus. »
Et là, c’est comme si j’avais appuyé sur un interrupteur. La lumière a éclairé son visage et même tout son corps s’est animé, une main sur le cœur comme en signe de reconnaissance.
« Comment allez-vous ? » lui ai-je demandé.
Je voyais bien que le miracle espéré n’avait pas eu lieu. Il était toujours en traitement et son bras avait encore besoin du soutien d’une attelle.
Pourtant, je le trouvais changé au point que j’aurais pu ne pas le reconnaître. Son regard était moins sombre, sa barbe bien taillée et il semblait avoir maigri. Sa voix surtout était combative. Quelque chose avait changé.
Il m’a dit qu’il était suivi pour les douleurs et que les progrès étaient minimes, mais qu’il allait très bien parce qu’il avait un moral « à tout casser » a-t-il rajouté, les deux pouces levés.
Wahou !!!
Je m’attendais à le retrouver peut-être un jour, au coin d’une rue, guéri, sans savoir comment. On aurait parlé de miracle, comme on s’attend d’un miracle.
Mais là, je le retrouve pareil en fait, mais… le miracle a eu lieu, pas comme je l’imaginais, mais autrement, dans son cœur : un moral d’acier lui a été donné pour traverser l’épreuve.
A-t-il rencontré son Sauveur ? Je ne sais pas.
L’épreuve est-elle là pour lui permettre de le rencontrer ? Je ne sais pas.
En attendant, il garde une trace dans son cœur de ma prière et de celle de la vendeuse suisse-allemande : un moral d’acier. Est-ce que c’est pas beau ça ? !
Parce que si, parfois, Dieu nous donne la guérison, d’autres fois Il nous donne la force de traverser l’épreuve.
Dieu reste souverain et connaît toutes choses. Mon job à moi, c’est juste de prier et laisser Sa volonté s’accomplir.
C’était cool de le revoir !
« Que ta volonté soit faite !



